Enquête interne en entreprise : quelle était la situation en jeu ?
Dans cette affaire, un vice-président de société avait été licencié pour faute grave à la suite d’une enquête interne déclenchée par plusieurs signalements de harcèlement et de brimades.
Le salarié contestait son licenciement en soulevant deux arguments principaux :
- certains témoins qu’il avait lui-même désignés n’avaient pas été entendus ;
- il n’avait pas eu accès à l’ensemble des pièces du dossier avant son entretien préalable.
La cour d’appel a écarté ces arguments et validé la procédure de licenciement.
Droits du salarié mis en cause : la position ferme de la Cour de cassation
La Haute juridiction confirme la décision d’appel et précise les contours des droits du salarié dans ce contexte :
- le salarié ne dispose d’aucun droit d’accès au dossier d’enquête interne ;
- l’employeur n’est pas tenu d’organiser une confrontation entre le salarié mis en cause et la victime présumée ;
- l’auteur présumé des faits n’a pas à être nécessairement entendu dans le cadre de l’enquête.
En d’autres termes, les principes du contradictoire et des droits de la défense ne s’appliquent pas strictement à l’enquête interne, qui demeure une démarche unilatérale de l’employeur.
Enquête interne et loyauté de la procédure : une jurisprudence qui interroge
Cette position ne manque pas de susciter des interrogations.
Pour qu’une enquête interne puisse être regardée comme loyale et objective, il paraît en pratique indispensable de respecter un socle minimal de garanties :
- permettre au salarié mis en cause de s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés ;
- assurer une certaine équité dans le recueil des témoignages ;
- confronter les versions des faits, sans pour autant imposer une confrontation physique entre les parties.
Accès au rapport d’enquête interne : quelle transparence pour le salarié ?
La question de l’accès au rapport d’enquête interne mérite d’être abordée avec nuance. Ces documents contiennent fréquemment des données sensibles ou confidentielles, ce qui contraint l’employeur à protéger l’identité des salariés ayant accepté de témoigner.
Pour autant, il paraît légitime que les salariés concernés ne soient pas totalement tenus à l’écart des conclusions. Un retour sur les résultats de l’enquête, accompagné d’une présentation claire des suites envisagées par l’employeur, constituerait un gage de transparence et de cohérence dans la gestion de la situation.

En l’espèce, le vice-président d’une société avait été licencié pour faute grave suite aux conclusions d’une enquête interne menée après dénonciations de harcèlement et brimades.
Le salarié contestait son licenciement au motif que tous les salariés qu’il avait désignés n’avaient pas été entendus et qu’il n’avait pas eu connaissance de l’ensemble des pièces de l’enquête dans le cadre de son entretien préalable au licenciement.
La cour d’appel rejette ses arguments et confirme le licenciement.
La Cour de cassation adopte la même position que la Cour d’appel et apporte quelques précisions en matière d’enquête :
- Le salarié ne dispose pas d’un droit d’accès au dossier et pièces recueillies dans le cadre de l’enquête;
- Aucune confrontation de l’auteur présumé des faits avec la victime n’est obligatoire;
- L’auteur présumé des faits n’est pas nécessairement entendu.
Cour de cassation du 14 janvier 2026, n°24-13.324
Nous ne partageons pas totalement l’avis de la Haute Cour.
L’enquête, pour être qualifiée de loyale et d’objective, doit à notre sens respecter le principe du contradictoire et des droits de la défense dans une certaine mesure.
L’auteur présumé doit pouvoir s’expliquer sur les faits reprochés et se défendre.
Confronter les versions des faits n’implique pas nécessairement de confronter physiquement les salariés concernés.
La question de l’accès au rapport est à nuancer également. Ce rapport contient souvent des informations confidentielles et une certaine garantie doit être apportée à ce sujet aux salariés interrogés. Néanmoins, les salariés concernés doivent pouvoir bénéficier d’un certain retour pour comprendre les suites données à cette enquête.
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